Casa de Vidro de Lina Bo Bardi

Une maison dans le paysage

C’est dans les années 1950, à une époque où l’architecture brésilienne commençait à émerger sur la scène internationale, que Lina Bo Bardi livre la Casa de Vidro : une maison de verre sur pilotis, initialement flottante au-dessus du paysage d’une ancienne ferme de thé. Aujourd’hui, elle se fond dans la Mata Atlântica, dont la densité s’épaissit à mesure que l’on s’éloigne de l’édifice.

Cette vaste demeure d’environ 400 m² constitue le principal lieu de vie de Bo Bardi, qui servait également de lieu d’exposition et aux réceptions qu’elle et son époux organisaient.

Deux zones, deux écritures

La maison se divise en deux parties distinctes. La zone publique convoque plusieurs des cinq points de Le Corbusier — plan libre, façade libre, pilotis, fenêtres en bandeau dans les chambres — illustrant le mouvement moderne brésilien. Le toit-terrasse est omis au profit d’une toiture légèrement arrondie et tuillée, permettant l’évacuation rapide des pluies abondantes de la région.

La zone privée, en revanche, renoue avec les codes de l’architecture traditionnelle, jusqu’à donner, vue depuis l’arrière du jardin en surplomb, l’impression d’une humble ferme de plain-pied — contraste saisissant avec la vue frontale et ses immenses pilotis.

Cette modeste façade abrite les chambres du personnel, une buanderie et un terrasse privative — un luxe pour l’époque qui appuie le militantisme de Bo Bardi contre l’architecture coloniale. Elle est physiquement séparée du reste de la maison par le patio.

Les deux zones ne se touchent que par la cuisine, corridor traversé. Une cour en longueur — parcourue encore aujourd’hui par deux tortues mâles, témoins de l’époque de Bo Bardi — ouvre sur les chambres d’invités et celle du couple, où la végétation s’infiltre dans chaque interstice. Bâti et nature s’y alternent dans une chorégraphie soigneusement orchestrée.

Le dialogue avec la nature

D’immenses baies vitrées coulissent sur toute la hauteur, sans garde-corps, créant une continuité fluide entre intérieur et extérieur, invitant à la réflexion sur la sécurité lors des soirées mondaines animées qu’a accueilli cet écrin de béton.. Le salon semble flotter entre la jungle tropicale qui l’entoure sur trois côtés et le patio central à la végétation domestiquée. Bo Bardi souhaitait un abri contre les aléas naturels — pluies, vents — tout en maintenant une connexion poétique avec eux : l’esthétique de la pluie qui se transforme en traits infinis lors des averses tropicales, sa résonance tantôt rythmique tantôt intempestive, le mouvement du vent qui se dessine dans le pli des feuilles et la courbure des branches convergeant en un sens unique s’apprécient depuis la protection de la maison de verre. Ce dialogue entre architecture et ce qu’elle appelait les substances — nature, lumière, air, œuvres d’art — est perpétuel.

Quelques éléments qui m’ont marquée :

— Les petits carreaux bleus qui tapissent l’intégralité du salon, destinés à prolonger le ciel lorsque les arbres étaient encore bas.

— Les prises électriques intégrées au sol, l’absence de luminaires au plafond et de câbles apparents : la pièce principale peut passer de salon à salle d’exposition en un clin d’oeil. Tous les meubles sont déplaçables, souvent conçus par l’architecte elle-même.

— Les bandes de béton rouge sur les pignons extérieurs, seules touches de couleur vive, en contraste avec la végétation. À l’intérieur, leurs équivalents arborent des tons froids — bleus et verts — comme si la palette de la nature s’était glissée à l’intérieur.

La Casa de Vidro est saisissante, de par ses dimensions, sa matérialité brute et son lien profond avec son environnement, illustrant parfaitement l’architecture du modernisme brésilien et les intentions propres de Lina Bo Bardi.

Photographies : personnelles
Note : il est malheurseusement interdit de prendre des photos à l’intérieur…